Inventaire du patrimoine du
Pays des Vals de Saintonge

Moulin à poudre, puis à farine

Saint-Jean d'Angély
Faubourg Taillebourg (quartier du), Rochefort (avenue de)
Le moulin depuis le nord.

Historique

La date exacte de construction des moulins reste incertaine. Cependant, autrefois moulins à blé privés, les bâtiments deviennent une poudrerie privée au 16e siècle, avec une production française très recherchée à base de salpêtre et de charbon de coudrier ou noisetier qui abondait dans les bois environnants. Devenus propriété de l'Etat, le commissaire général des poudres de France, De Faye, transforme les moulins en 1656, et en 1664 les lie par un bail à la Marine de Rochefort. La navigation sur La Boutonne vers La Charente facilite le transport vers l'arsenal de Rochefort, et permet la diffusion de cette poudre de qualité, qui avait aussi la chance de recevoir le fameux salpêtre des Indes, si réputé auprès des fabricants de poudre. L'installation de cette poudrerie valut à la ville la présence d'une garnison qui utilisait la poudre de Saint-Jean et les canons fabriqués à Ruelles en Charente.
Sur le plan cadastral de 1822, des bâtiments sont mentionnés en bleu comme des bâtiments non imposables, dont une partie au sud a aujourd'hui disparu. Le moulin sur le canal a été prolongé par un bâti dans le 2e ou 3e quart du 19e siècle. Un long bâtiment est mentionné à l'emplacement de l'actuel quai Saint-Jacques correspondant à un ancien magasin à poudre détérioré lors de l'explosion de 1818 qui détruisit une partie du faubourg.
Toujours sur le plan cadastral de 1818, d'autres bâtiments en bleu sont mentionnés non loin du moulin à poudre. Ceux-ci, figurés comme Anciennes Poudreries, se situaient sur l'actuelle rue de l'Ancienne Poudrière et sont certainement à mettre en rapport direct le moulin à poudre.
Lors de cette explosion, 16 personnes furent tuées et 28 blessées, et les détonations furent ressenties dans les communes alentour. Après cette explosion, la fabrication de poudre fut transportée à Angoulême et la garnison fut retirée.
Le moulin devint moulin à farine (une matrice cadastrale de 1830 mentionne un moulin à farine à deux roues) jusqu'en 1963 où le meunier tomba dans le mécanisme. Après ce drame, le moulin cessa de fonctionner et ne fut plus repris.
Datation(s) principale(s) : milieu 17e siècle ; 2e quart 18e siècle ; 1er quart 19e siècle ; 2e quart 19e siècle

Description

La façade principale du moulin est orientée au nord, face à La Boutonne qui la devance. Il est abrité par un toit à un pan et tuile creuse. Une imposante roue en bois à lamelles est installée devant le bâti. À l'est, des communs sous un toit à un pan sont accolés d'un hangar à poteaux en bois. Un bâtiment de communs avec toit à longs pans, dont des baies à arc segmentaire sont percées sur les pignons, est lié à un pigeonnier à toit conique en ardoise dont les murs sont en brique.
Un logement apparaît à l'est. La façade principale est orientée au nord-ouest, elle est à deux travées sur trois niveaux, et est ornée d'une corniche et d'appuis moulurés aux fenêtres.

Situation

Référence(s) cadastrale(s) : 1822 E 377 ; 2005 AM 566 387 ; 2005 AN 248
Canton : Saint-Jean d'Angély
Cours d'eau : Boutonne (la)
Statut de la propriété : propriété privée
Etat de conservation : mauvais état ; envahi par la végétation



Documentation

Documents d'archives

A. D. Charente-Maritime. Série Ph, 1 Ph 268.

A. D. Charente-Maritime. Série P, 3 P 3558. Matrices cadastrales de la ville de Saint-Jean d'Angély.

A. M. Saint-Jean d'Angély. Dossier sur les moulins à poudre, 4 H 2-1.

Bibliographie

Drilleau, Bernard. Histoire de Saint-Jean d'Angély. CRDP Poitiers, 1975, p. 60, 98.

Pinard, Jacques. Les industries du Poitou et des Charentes, étude de l'industrialisation d'un milieu rural et de ses villes. Poitiers : S. F. I. L. et Imp. Marc Texier, 1972, p. 412.

Site internet. Carpentier, Aline. Inventaire des lieux de mémoire de la Nouvelle-France.
Http : // inventairenf. cieq. ulaval. ca/inventaire/oneLieu. do ? refLieu=9 [consult 03/07].

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Annexes

  1. A. M. Saint-Jean d'Angély. Dossier sur le moulin à poudre, 4 H 2-1.

    Procès verbal de l'explosion de la poudrerie et des dégâts occasionnés dressé le 25 mai 1818 vers 18h.
    "Aujourd'hui vingt-cinq mai mil huit cent dix-huit, sur les six heures du soir.
    Nous De Laurencies fils, chevalier de l'ordre Royal es militaire de Saint-Louis, accompagné de Pierre Artus delavoyrie, lieutenant de la gendarmerie de cet arrondissement et de M. Pierre Lair, l'un de nos adjoint ayant été prévenu par M.M. François meunier (?) Levoisier commissaire des poudres et salpêtres et Nicolas Paqueron, capitaine d'artillerie inspecteur de la poudrerie Royale de cette ville, de l'explosion du bluttoir et du grainoir de la dite poudrerie, nous sommes transportés au domicile de M. Levoisier où nous avons été invités à dresser procès verbal des dégâts occasionnés par les suites de la dite explosion.
    Obtempérant à leur demande nous les avons invités à nous dire à quelle cause ils attribuaient cet événement, ils nous ont répondus qu'ils attribuaient l'explosion à l'imprévoyance du poudrier Pierre Bonnin, qui au lieu d'attendre le retour de son camarade, de service aux moulins aura vraisemblablement traîné sur le plancher le marche pied servant à verser la poudre dans la trémie du bluttoir, ce qui aurait occasionné un frottement si considérable qu'il s'en sera suivit probablement d'une inflammation, ou encore que le même homme, pour remplir son service aura traîné sur le plancher une (...) chargée d'environ cinquante kilogrammes et dont le frottement aura produit également une inflammation.
    Ces messieurs nous ont assurés de plus d'avoir entendu deux explosions bien distinctes dont la première a eu lieu au bluttoir à cinq heures du matin et la dernière à quelques secondes après dans les deux grainoirs, dont le bruit s'est prolongé quelques (...).
    Nous (...) nous sommes transportés sur les lieux où l'explosion s'est manifestée, avons reconnus que les bâtiments si après désignés étaient dans l'état suivant. Savoir 1° le bluttoir des poudres de guerre était entièrement détruit jusque dans les fondations, 2° l'enfoucage (?) idem, 3° la charpenterie idem, 4° les deux grainoirs idem. 5° Les bâtiments du débit des poudriers idem, sauf un mur. 6° La maison du garde magasin idem. 7° Le hangar au Merrain presqu'entièrement détruit. 8° La tonnellerie réduite dans le même état. 9° Le hangar des bois de rechange idem. 10° Le séchoir à vapeur, sa toiture et les murs fortement endommagés et hors de service, (...) et les tuyaux en cuivre, ainsi que les fourneaux ont peu soufferts. 11° Le hangar du bois de Bourdaine est endommagé et sa toiture à refaire. 12° Le magasin à refaire attendu des lézardes des murs et l'enfoncement de la toiture. 13° La maison du commissaire entièrement abîmée, le logement de l'inspecteur, celui du maître poudrier et des ouvriers dans le même état. 14° Le magasin à salpêtre et celui à souffre également. 15° Le corps de garde (...) a beaucoup souffert dans sa toiture et ses ouvertures particulièrement. 16° Le séchoir a l'air entièrement détruit, ses tables brisées et jetées au loin. Les deux moulins et le lissoir ont leurs cages et le mécanisme en bon état mais la toiture est entièrement détruite.
    D'après les état qui nous ont été présentés par ces messieurs, nous avons reconnus que la quantité de poudre qui se trouvait au moment de l'explosion, dans le bluttoir que dans les deux grainoirs, était d'environ 18 900 kilogrammes, partie en poudre verte et en poudre sèche. Nous avons également reconnus avec ces messieurs que les cours, jardins et autres propriétés de la poudrerie avaient été entièrement dévastés.
    Ces messieurs nous ont de plus déclarés ne pouvoir nous donner dans le moment le détail des dégâts qu'ont éprouvés les approvisionnements tels que bois de bourdaine, merrains, cercles, futailles, barils, sacs, charbon, saches, draps, bois à brûler, bois de rechange, madriers et planches, ustensiles, vieux oings, chandeliers et généralement tous les objets appartenant à l'établissement, attendu qu'ils se trouvent encombrés ou jetés au loin. Ces messieurs nous ont encore déclarés que les salpêtres et souffres n'ont point été endommagés et ils pensent que si le (...) le permet on pourra les conserver. Nous avons également vus que tous les meubles (...) appartenant à l'établissement sont presque entièrement détruits ainsi que ceux du garde magasin Brillouin (...) ".


  2. A. M. Saint-Jean d'Angély. Dossier sur le moulin à poudre. 4 H 2-1.

    Récit sur l'explosion, non daté, non signé.
    'Une explosion terrible à la poudrerie de Saint-Jean d'Angély a eu lieu le 25 mai (...). elle s'est manifestée par deux détonations rapprochées de quelques secondes et produites la première par l'inflammation du bluttoir, la seconde par celle des deux grainoirs contenant ensemble 19000 kg de poudre. Neuf ouvriers y travaillaient dans ce moment et les hommes furent (...) au milieu des flammes et de la fumée, emportés par la force de l'explosion. Au même instant la rivière sortit en partie de son lit, des pierres furent lancées à plus de quatre cent toises et presque tous les carreaux de la ville furent brisés. Les habitants en masse arrivèrent sur les lieux au travers des débris des maisons du faux-bourg et quelques victimes en lambeaux jetés à deux et trois cent toises. Le premier soin fut de courir au magasin général distant d'environ cent cinquante toises du lieu de l'explosion et contenant trente mille kilo (de poudre). Des bois en feu fumaient sur la route qui y conduisait, la toiture était enfoncée en divers endroits et des (...) étaient sur la poudre intacte. Quelques hommes courageux firent éteindre ces (...) d'un malheur bien plus terrible encore et visitèrent le bâtiment dans toutes ses parties. Dans ce moment le bruit se répartit que le magasin général allait sauter et la ville offrit alors un affreux spectacle, chaque (...) de famille emportait ses enfants pour fuir un danger imminent. Les hommes demeurés sur les lieux après avoir enlevé les poudres du magasin de débit dont la toiture était en feu et s'étaient assuré qu'il n'existait aucun danger, cette nouvelle fut oubliée, l'ordre se rétablit et l'on s'empressa de porter des secours aux blessés et d'éteindre les bois enflammés. Les pompes furent mises en jeu et les poudres du magasin général transportées dans des bateaux pour faire cesser toute possibilité d'une seconde explosion qui ont causé de perte entière de la ville et les communes environnantes. Ces précautions prises, le calme du désespoir (...) à l'agitation de la peur de chaque famille du faux-bourg sentit toute l'horreur de la position, se trouvant sans (...) et sans meuble et l'on s'occupa de recueillir les débris lacérés des malheureuses victimes.
    Quinze personnes ont péri parmi les (...) 11 pères de famille ; 28 ont été blessées (...) et ont péri sans doute dix fois plus de monde. La perte du faux-bourg est évaluée par expertise approximative à 566 800 francs (...) de la ville à 200 000 francs, celle des bâtiments meublés et matériaux appartenant à la direction à 600 000 francs environ.
    (...) parmi les traits de dévouements et de sang-froid de plusieurs personnes dans cette fatale journée, on doit citer l'action du brave vétéran qui était de sentinelle à la porte du magasin de débit (...) et ne quitta pas son poste pendant toute l'action (...).
    Une circonstance miraculeuse est l'existence d'un ouvrier qui était à dix pas de l'explosion fut renversé par le premier coup, redressé par le second et en est (...) pour quelques contusions.
    Dans ce moment, les maires de chaque commune de l'arrondissement recueillent des dons des personnes charitables qui viennent au secours des infortunés du faux-bourg et des dons considérables ont déjà été fait".


  3. Drilleau, Bernard. Histoire de Saint-Jean d'Angély. CRDP Poitiers, 1975, p. 60.

    "D'abord, il nous faut parler de l'explosion des moulins à poudre en 1818. Les ruines de ces moulins sont visibles du Pont Saint-Jacques, dans le faubourg Taillebourg. Ces moulins autrefois à blé étaient appelés "Arrête vilain ! ", singulière appellation fleurant la féodalité signifiant l'ordre de ne pas aller plus loin porter à d'autre le travail pouvant y être exécuté ; ils furent transformés en poudrerie privée pendant les guerres de religion au 16e siècle, et leurs produits étaient fort recherchés comme supérieurs à toutes les autres poudres de fabrication française. Cette supériorité était attribuée aux matières qui les composaient provenant de la contrée : le salpêtre et le charbon de coudrier ou noisetier qui abondait dans les bois environnants. Devenu propriété de l'Etat, plusieurs explosions s'y produisirent jusqu'à leur destruction totale par celle de 1818. Il y avait eu trois explosions auparavant qui avaient déjà sérieusement endommagées les installations. L'explosion eut une force inouïe, la presque totalité du faubourg fut détruite (soixante immeubles très sérieusement touchés), quinze personnes furent tuées et vingt-huit grièvement blessées. Les experts évaluèrent les dégâts à 493,163 F. Les habitants et la Municipalité furent saisis d'une sorte de terreur panique et s'opposèrent si énergiquement à la reconstruction des moulins projetés par le Gouvernement que celui-ci les fit installer à Angoulême. Ils tarissaient eux-même la seule source de prospérité qui restait à la ville. La garnison devenue inutile, le régiment de cavalerie qui la composait fut retirée ; le dépôt des étalons alla à Saintes ; tout disparu, même le souvenir des moulins à poudre, conservé seulement autrefois par les pêcheurs à la ligne, qui, en envoyant bondir sur le gazon de la prairie un vieux dard au dos noirci par l'âge, s'écriaient dans leur joie d'une si belle capture : encore un vieux poudrier".


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Illustrations

Fig. 1
Un plan du site du Moulin à poudre, par l'architecte Villecrose, 1821.
Fig. 2
Un plan d'un quai projeté, par l'architecte Villecrose, 1821.
Fig. 3
Un plan d'un quai projeté, par l'architecte Villecrose, 1821.
Fig. 4
Un plan des moulins à poudre de Saint-Jean d'Angély, non daté, non signé.
Fig. 5
Extrait du plan cadastral napoléonien, les Anciennes Poudreries, 1822.
Fig. 6
Le moulin depuis le nord.
Fig. 7
La roue.
Fig. 8
Une vue d'ensemble.
Fig. 9
Les communs.
Fig. 10
Les communs vus depuis l'ouest.
Fig. 11
Le pavillon vu depuis l'ouest.
Fig. 12
Les communs vus depuis le sud.
Fig. 13
Un logement à l'est.
Fig. 14
La Boutonne, mars 2007.

Voir

Saint-Jean d'Angély, Présentation de la commune
Saint-Jean d'Angély, Faubourg Taillebourg (quartier du), Faubourg Taillebourg
Saint-Jean d'Angély, Patrimoine industriel et commercial
Saint-Jean d'Angély, Voies navigables et activités sur La Boutonne

Date de l'enquête : 2007

Région Poitou-Charentes / Service de l'inventaire général du patrimoine culturel. Chercheur(s) : Schlumberger Julie ; Guiberteau Cécilia. (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel, 2007 ; (c) Syndicat mixte du Pays des Vals de Saintonge, 2007. Renseignements : Centre régional de documentation du patrimoine, 102 Grand'Rue - B.P. 553, 86020 Poitiers cedex, tél : 05.49.36.30.07.

Document produit par RenablLyon : (c) Ministère de la Culture et de la Communication