Inventaire du patrimoine du
Pays des Vals de Saintonge

Pile romaine, dite fanal de Villepouge (détruit)

Aumagne
Fanal (le)
La pile de Villepouge sur une gravure de Chastillon, 17e siècle.

Historique

A l'extrémité ouest de l'ancienne commune de Villepouge, le long de la voie romaine de Saintes à Bordeaux, s'élevaient jusqu'au 19e siècle les vestiges d'une pile de l'époque gallo-romaine, sans doute similaire à celle que l'on peut encore voir le long de la même voie à Authon Ebéon. Appelé "fanau de Persac" dans les documents médiévaux puis "faniau de Varèze" par Chastillon au 17e siècle, ce monument servait alors probablement de repère d'où l'appellation courante de "fanal" encore utilisée. Le cadastre napoléonien de 1819 mentionnait toujours au lieu-dit Le Fanal ce "vestige d'antiquité". Il fut vendu à un particulier puis entièrement déblayé au milieu du 19e siècle pour laisser place aux cultures.

Au 19e siècle, une légende locale prétendait que deux fées avaient édifié les piles de Villepouge et d'Ebéon (annexe 1). Elles auraient ensuite éprouvé la solidité de leurs constructions en lançant le même marteau sur le travail de l'autre. Seul le fanal d'Ebéon aurait résisté...

Ces monuments énigmatiques que sont les piles romaines suscitèrent l'intérêt des savants dès la fin du 19e siècle. Le site de Villepouge, qui présentait l'avantage de ne plus posséder d'élévation qui aurait pu être endommagée par des fouilles, fut alors choisi pour une étude plus approfondie. Des fouilles sommaires furent réalisées pendant l'hiver 1896-1897 par MM. Guillaud et Musset de la Commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure.

Lors de ces travaux, on mit au jour un soubassement carré de 10 mètres de côté environ reposant sur le roc naturel, ainsi que les bases d'un mur d'enceinte également carré de 26 mètres de côté. Dans l'espace de la cour, on trouva de nombreux vestiges sculptés (fragments de corniches, balustres, moulures et autres décors), de petites excavations abritant des débris de poterie et des os d'animaux, une tête féminine colossale enfouie intentionnellement dans un trou, divers objets dont une bague, des monnaies romaines et surtout deux tablettes gravées d'une malédiction. Leur auteur y demande l'intervention de divinités infernales pour réduire à l'impuissance ceux qui ont intenté un procès contre lui. De plus, dans le fossé de la voie romaine, furent mis au jour des cendres, des ossements humains et quelques objets.

Loin de mettre tout le monde d'accord, les fouilles attisèrent les querelles d'érudits sur la fonction des piles gallo-romaines. Certains y ont vu des monuments funéraires (Jullian, Guillaud), d'autres en ont fait des lieux sacrés ou des sanctuaires (Musset, Lièvre), d'autres encore des repères pour voyageurs, des bornes, voire des monuments commémoratifs. Ces hypothèses ont pu être mêlées, comme par exemple la théorie d'anciens tombeaux transformés avec le temps en lieux sacrés. La théorie de "menhirs romanisés" afin d'amadouer les populations gauloises a même été avancée.

L'usage primitif de ces piles reste encore aujourd'hui indéterminé, même si l'hypothèse de monuments funéraires semble emporter davantage l'adhésion des spécialistes. Leur emplacement, le long des routes selon la tradition romaine, plaide en faveur de cette théorie, de même que les tablettes d'exécration trouvées à Villepouge : en effet, ces objets étaient placés dans des tombeaux afin que les dieux des enfers et les morts puissent accomplir les malédictions. Ainsi, l'auteur des tablettes de Villepouge demande que ses ennemis soient réduits au silence "de la même manière que les êtres qui sont dans ce monument restent muets et ne peuvent remonter à la surface". Toutefois, aucun corps n'a été exhumé à l'intérieur de l'enceinte du fanal.
Datation(s) principale(s) : Gallo-romain ; détruit

Description

La seule représentation connue de la pile de Villepouge est une gravure du milieu du 17e siècle de Claude Chastillon intitulée "les faniaulx ruines entiques de Varèze" : la tour y apparaît dans un état de délabrement avancé qui n'éclaire guère sur son aspect d'origine. D'après les écrits, le monticule surmontait une galerie sans doute creusée par des chasseurs de trésors.

On peut supposer que le monument ressemblait aux deux autres édifices de ce type subsistant en Charente-Maritime, les piles d'Ebéon et de Pirelonge. Cette dernière, mieux conservée, prend la forme d'une tour carrée en maçonnerie pleine, de 24 mètres de hauteur sur 6 de largeur, surmontée des vestiges d'un parement conique. En tout, une vingtaine de ces édifices ont été identifiés dans le sud-ouest de la France, ils sont généralement carrés mais leur taille et leurs décors diffèrent d'un site à l'autre.

Une ancienne tradition orale fait état d'inscriptions sur le monument de Villepouge, mais aucun vestige ne permet plus de l'affirmer. Quelques pierres de l'édifice auraient été emmenées au hameau voisin de La Richardière (commune de Varaize) au 19e siècle et transformées en auges ou en timbres.

Situation

Référence(s) cadastrale(s) : 1819 A 587 ; 2013 ZA non cadastré
Canton : Saint-Hilaire-de-Villefranche
Statut de la propriété : propriété d'une personne privée
Etat de conservation : détruit



Documentation

Documents figurés

A. M. Aumagne.
Plan cadastral napoléonien, 1819.

Bibliographie

Aussy, Denis d'. Varaize, notes historiques. Saint-Jean d'Angély, 1892, p. 5-6.

Bonnin, Jean-Claude. Varaize, notes historiques. Editions 2000, p. 9-10.

Guillaud, Jean-Alexandre. "Aumagne". Bulletin de la Société Historique et Scientifique de Saint-Jean d'Angély, t. 3, 1865, p. 210.

Guillaud, Jean-Alexandre. "Le fanum gallo-romain de la gare de Chagnon-Sainte-Même". Recueil de la Commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure, t. 4, 1897, p. 29-30.

Guillaud, Jean-Alexandre. "Le monument gallo-romain de Chagnon". Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 17, 1897, p. 252-254.

Guillaud, Jean-Alexandre. "Les piles gallo-romaines". Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 18, 1898, p. 322-331.

Guillaud, Jean-Alexandre. "Les piles gallo-romaines". Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 27, 1907, p. 25-29.

Guillaud, Jean-Alexandre. "Les piles romaines". Bulletin de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 8, 1888, p. 388-392.

Jullian, Camille. "La question des piles et les fouilles de Chagnon". Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. 57, 1896, p. 39-62.

Lacurie, Abbé. "Notice sur le pays des Santons". Séances générales de la Société française pour la conservation des monuments historiques, 1844, p. 193.

Lièvre, Auguste-François. "Les chemins gaulois et romains entre la Loire et la Gironde". Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 2e s., t. 14, 1891, p. 470.

Luc, Michel. La Charente-Maritime, l'Aunis et la Saintonge des origines à nos jours. Saint-Jean d'Angély : Editions Bordessoules, 1981, p. 74-75.

Maurin Louis. Histoire de l'Aunis et de la Saintonge - des origines à la fin du 6e siècle après J-C, t. 1. La Crèche : Geste Editions, 2007, p. 187-191.

Musset Georges. "Les nouvelles découvertes de Chagnon-Villepouge" et "Le fanal de Villepouge". L'Ami des Monuments et des Arts, 1897, p. 210-217.

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Annexes

  1. Extrait du bulletin de la Société Historique et Scientifique de Saint-Jean d'Angély, t. 3, 1865, p. 210.

    "On attribue à deux fées la construction de deux tours ou piles romaines placées le long de la voie antique de Mediolanum Santonum à Limonum (Saintes à Poitiers), dont l'une, placée aujourd'hui sur le territoire d'Ebéon, est encore debout et connue sous le nom de fanal d'Ebéon, l'autre, construite au sud et près de Vareza (Varaise), n'existe plus depuis un certain nombre d'années. Son emplacement est situé sur la commune de Villepouge, au sommet d'une petite hauteur, couronnée par un bois, à quelque distance de la route impériale de Périgueux à la Rochelle. Le vulgaire veut que les fées se servirent du même marteau dans ces deux constructions, et qu'elles se le jetèrent l'une à l'autre selon leurs besoins. La distance qui existe entre ces deux lieux est d'au moins cinq kilomètres".


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Illustrations

Fig. 1
Le site du fanal sur le cadastre napoléonien de 1819.
Fig. 2
La pile de Villepouge sur une gravure de Chastillon, 17e siècle.
Fig. 3
La tête sculptée trouvée sur le site.
Fig. 4
Les tablettes d'exécration trouvées sur le site.
Fig. 5
L'emplacement de la pile.

Voir

Aumagne, Présentation de la commune
Aumagne, Ancienne commune de Villepouge

Date de l'enquête : 2013

Région Poitou-Charentes / Service de l'inventaire général du patrimoine culturel. Chercheur(s) : Barreau Pierrick. (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel, 2013 ; (c) Communauté de Communes des Vals de Saintonge, 2013. Renseignements : Centre régional de documentation du patrimoine, 102 Grand'Rue - B.P. 553, 86020 Poitiers cedex, tél : 05.49.36.30.07.

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